18 novembre 2008
Le souffle me manque ; les mots, aussi. Tout.
Pourquoi préférer toujours s'attacher à ceux dont on croit pourtant savoir qu'un jour... ?
Un jour, il faudra partir.
Un jour, il faudra bien cesser de remettre le bonheur à plus tard.
Mais pas maintenant.
Comme si la souffrance sourde lorsqu'on dort toujours trop loin de leurs corps avait quelque chose de trop précieux pour mériter d'être sacrifiée au bonheur lui-même.
Comme si le bonheur faisait peur, comme si le moindre signe de sa promesse était trop terrifiant pour qu'on accepte même de le regarder.
Comme si le bonheur, ça n'était pas pour nous ; parce qu'on ne serait
pas encore prêt à accepter que même dans le bonheur, il y ait des
imperfections.
Comme si au moins leur douloureux silence avait ceci de rassurant qu'on n'avait rien à en espérer ; comme si dans sa cruauté il nous protégeait pourtant, d'être déçu.
Comme si l'on avait besoin, pour apprendre à s'en tenir rigoureusement aux aspérités de la réalité, pour cesser de courir après Dieu, pour s'efforcer d'aimer la vie, de s'efforcer d'aimer souffrir.
Comme si le cœur lourd des promenades automnales, comme si les larmes retenues tout au long des rues froides valaient mieux que ces moments de douceur à discuter avec quelqu'un dont la seule compagnie vous apaise au lieu de vous serrer de cœur.
Ce garçon qu'on n'a pas le moins du monde envie d'embrasser (quelle idée !),
mais celle de se réfugier dans ses bras et de lui demander : "protège-moi."
Mais on passe son chemin et on sait qu'on ne fera encore que le passer, parce qu'il y a l'autre qu'on aime et que...
08 novembre 2008
Et il n'est pas là.
05 novembre 2008
Suffocation
On y croit à peine mais finalement c'est vrai, on craint que ce soit traitre un peu, oh ça ne durera pas, ces choses-là ça va ça vient, ça s'en va surtout ça s'en va, mais c'est là ce soir c'est là, on ne sait ni comment ni pourquoi.
Tout ce travail, cette philo qui me fatigue et m'écœure trop souvent, j'ai beau lutter me répéter mais non j'aime ça, il y a ce moment où on craque ; le fond du trou, le nez qui coule, la nuit les yeux béants sous la lumière électrique, les heures qui défilent et l'angoisse de la fatigue à venir, les cours qu'on sèche parce que malade paraît-il ; et puis, et puis, je sais pourquoi je le sais très bien : dans deux jours il sera là ; le sourire qui vous vient pour un rien à penser à sa gentillesse, à cet amour qu'il ne dit pas mais qu'on sent qu'on sent si bien mais si, je l'aime et ce soir même si je sais que bientôt ce sera de nouveau le silence je suis heureuse c'est si soudain, et c'est tellement merveilleux que j'ai envie de ne penser qu'à ça, de me noyer dans cette pensée avant qu'elle ne s'envole comme toutes les autres, elle est si belle et si éphémère je le sais... mes mains qui courent sur le piano comme autrefois, je n'y crois pas et j'ai raison peut-être de ne pas y croire mais quelque chose en moi y croit quand même malgré moi et grâce à ça, grâce à ça j'ai droit à un petit morceau de bonheur, tout petit mais grand comme la terre.
Je l'aime et ça me rend heureuse tout d'un coup, qui l'eût cru.
J'ai envie de l'écrire sur toutes les portes de le crier à toutes les fenêtres, et de courir sur les toits de Paris, que cela s'entende dans le bruit de mes pas au dessus de leurs têtes ; de l'afficher en grand dans un sourire comme on m'en voit peu, je l'aime je l'aime je l'aime et il sera le seul à qui je ne le dirai pas.
Mais vous, au moins, sachez-le, que j'ai pour lui même dans son absence cruelle une reconnaissance profonde comme un puits sans fond où se reflètent pourtant les étoiles, parce que ces petits bouts de bonheur infini, même tout petits et entrecoupés de gouffres, avant lui cela faisait longtemps, si longtemps que je n'en avais pas senti me mordiller le bout des doigts.
12 octobre 2008
Brouillon
J'y arrive pas.
Alors la musique aidant, qui vous saoule toujours un peu et redonne inévitablement de l'épaisseur aux sentiments qu'une espèce de flic en vous a l'habitude de refouler un peu, on se met à dire ou à écrire des tas de conneries, je veux dire des conneries qui ne sont que la vérité pure, mais qu'on se mordra ensuite les doigts jusqu'au sang d'avoir laissé échapper. Parce qu'on sait bien que ça sert à rien de dire ces choses-là. Rien, rien, rien. Seulement, parfois, à faire empirer les choses.
Je t'aime L. Et j'en ai une putain d'envie de pleurer, sauf que mes glandes lacrymales doivent être à sec, faut croire. Sais pas pourquoi. Mais je pleure plus. J'y arrive plus.
Et moi tu comprends le problème c'est que j'ai besoin de choses que je peux pas te demander. On n'a pas le droit de demander des choses pareilles, à qui que ce soit. J'ai besoin d'être aimée. Je donnerais n'importe quoi pour rien qu'une toute petite promenade dans un parc ou même une rue vide et bête et moche avec un type, gentil, qui me tiendrait la main, qui laisserait ses yeux plantés dans les miens pendant des heures et qui me sourirait, je sais pas, on pourrait se parler ou n'avoir rien à se dire je m'en fous, juste ces mains entre nous qui se serrent et ça vous fait quelque chose ; le type, on pourrait s'ennuyer, n'avoir rien à faire, il serait heureux, juste heureux à en mourir parce que je serais là, avec lui, et ma main dans la sienne. Rien de plus. Et moi je serais heureuse aussi, heureuse comme à cet instant sur le canapé à Paris où j'ai senti que ton pied caressait le mien avec trop de régularité pour que ce soit un hasard, quand nos mains se sont retrouvées l'une dans l'autre je ne sais plus comment, quand tu m'as embrassée petit con. J'étais heureuse putain t'imagines pas. Ça a duré une nuit ce bonheur, mais j'étais vraiment heureuse, heureuse comme je l'avais pas été depuis une éternité tu sais. Cette nuit-là je l'oublierai jamais. Mais maintenant j'y arrive plus. Si tu savais comme je m'en veux d'être incapable de prendre simplement ce qu'on a à me donner sans avoir besoin de plus. Comme je m'en veux d'avoir besoin de tant.
27 septembre 2008
"A la vue de cette femme, quelque chose en moi se déchire."
La phrase passe et repasse sans arrêt dans ma tête.
Et si je vois son visage, je détourne les yeux dans une explosion sourde du cœur.
Jusqu'à quand ?
18 septembre 2008
Et ces envies de pleurer qui vous reprennent, peut-être sans raison.
Ces mots d'amour qui se torturent et se défigurent, se blessurent se détruisent s'annulent, de demeurer enfermés étouffés dans la moiteur grise et muette de mes pensées. Tues. Une pierre. L'air est sec, tout cogne dedans.
La gorge aride et ce corps à demi-nu qui ne serre pas le mien. La porte fermée contre laquelle je tambourine de mes deux poings qui sanglotent, déchirure. La peau si douce, de l'autre côté du sommeil, d'une douceur qui tue de ne pas être... ne pas...
A peine le sang ce Je t'aime jeté au loin grimaçant
Aux ors dures
03 septembre 2008
Les deux pieds collés au plafond, j'attends que le ciel se détache.
Je sens quelque chose sous ma peau, dans les bras.
Comme quelque chose de pétrifié ; mais qui ne m'empêche pas de bouger.
Mon cœur bondit plus bas que d'habitude.
Il a dû se détacher et tomber dans le ventre.
Sans doute, c'est cela qui pèse comme une enclume.
Il me semble que le familier et l'inconnu se tiennent amoureusement la main.
Ils sont là, hilares, à côté de mon lit, à me regarder dormir. Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle.
Leurs bouches fendues laissent entrevoir des dents tordues qui brillent dans la nuit.
Complicité ignoble ; leur rire est gras, et silencieux.
Je me cache sous mes oreillers, mais je crois qu'ils sont toujours là.
Cette nuit, je me laissais pendre par les bras à une barre de fer horizontale, suspendue à je ne sais trop quoi ; rien, sans doute. Assise en tailleur dans le vide, j'avais, je crois, sur le visage, une grimace inquiète. Voire terrifiée. Habituel. Et puis, mes bras, tout à coup, se sont mis à s'allonger, par à-coups ; comme de la guimauve un peu, ou du caoutchouc. Quand ça s'est arrêté - ç'a été très rapide -, ils mesuraient trois mètres de long. Et moi je pendais toujours, mais plus bas que terre, que le bitume.
21 août 2008
Et puis mon cœur qui bat, de bonheur et d'angoisse.
Dehors il y a ces voix d'enfants, ces portes de voiture qui s'ouvrent et se ferment, un volet que l'on descend. Un moteur. J'imagine des voisins qui rentrent après un dîner entre amis. La vie, autour.
Et moi je tâche d'écouter un peu les battements de mon cœur ; je me demande bien ce qu'ils veulent, ce qui leur fait peur.
Peut-être n'est-il pas bon d'écrire.
J'aime ce garçon que je ne comprends pas bien, mais qui a l'air de tenir à moi, lui aussi.
Quand il me le dit, je le crois.
Si je le pouvais, je l'appellerais tous les soirs, pour l'écouter me raconter ses rêves, ses peurs de l'avenir, ses silences, sa voix que je ne saurais pas décrire, si douce, si calme et si hésitante à la fois.
Je sens mon cœur cogner, mais trop fort ; j'aimerais bien qu'il se calme. Il n'y a pas de raisons d'être si énervé.
Je suis cette jeune fille qui cherche son chat, toujours si solitaire, qui parle avec sympathie à ce garçon que tout le monde trouve bizarre parce qu'il fait tant de grandes phrases, parce qu'il semble si peu spontané. Que les autres croient méchant, alors qu'il a simplement peur. Qu'il suffit juste de le rassurer.
Je suis cette silencieuse, effacée dans ce coin de la classe, à qui personne ne parle, sauf un ou deux garçons aussi solitaires qu'elle. Qui écoute le professeur parler, au lieu de discuter avec les autres, de s'intéresser à tout ce qui se passe là, derrière le premier rang.
Elle, qui apprécie beaucoup ces quelques personnes, autour ; mais qui n'aime personne.
Que beaucoup apprécient ; mais que personne n'aime.
Je suis cette ombre qui marche dans Paris, les yeux retournés en moi-même, que l'on aborde parfois en lui disant qu'elle a l'air triste. Alors elle sourit un peu, un instant, à ces inconnus qu'elle ne reverra pas.
Elle était là, sûrement, cette vague tristesse que l'on lisait sur son front qui se plisse de penser ; mais tellement vague.
Par dessus c'est un sourire, quelques mots qu'on échange comme ça. Le monde autour défile, et puis c'est tout, on regarde. On pense sans savoir à quoi.
C'était la solitude tranquille, ses tristesses, ses joies, ses angoisses, ses rires ; mais comme si tout ça, au fond, ça n'était que le même fil des jours, avec à peine quelques nuances.
Tout se vaut, c'est cela : et n'avoir peur de perdre personne. Ou une peur très vague. A peine ressentie.
Les gens sont là un jour ; quand le lendemain ils répondent absent, ça n'a pas trop d'impact. Juste assez, à peine. On pardonne. Il seront peut-être là, après-demain. Oui, je crois que j'ai confiance.
Mais, ce garçon.
Qu'elle a tant aimé sentir contre elle - que j'ai tant aimé sentir contre moi ; que j'aimerai sentir, encore, parfois.
Et le cœur qui bat, comme un surgissement au milieu de la solitude tranquille, de bonheur et d'angoisse.
Je l'aime.
Mais c'est aussi la peur qui revient, cette peur que l'on n'a pas connue depuis si longtemps.
J'ai peur de le perdre. Déjà peur, avant même d'avoir pris le temps de l'aimer, ou à peine.
J'avais oublié ce que c'était qu'aimer, et je ne le savais même pas.
Où mènera ce silence qu'il ne rompt jamais, et que je n'ai pas toujours la force de rompre ?
Où mènera cette tendresse, écartelée par la distance et le temps ?
Qui sait. Tout reste à découvrir, tout.
Mais il est certain que ma solitude ne sera plus la même.
Maintenant, il en fait partie.
(Et puis mon cœur qui bat, de bonheur et d'angoisse.)
20 août 2008
(Je crois que je suis un peu folle, non j'en suis à peu près sûre ;
Mais d'une folie ordinaire, la plus ordinaire de toutes, la plus banale, la plus fade. La plus honteuse.
Ces noms de femmes que je n'arrive pas à écrire par honte, encore ;
Celles qui ont écrit, qui prétendent (et peut-être, elles ont raison) que Sartre n'a jamais su le faire ;
Elles prenaient les mots à l'intérieur d'elles, pour ne pas mourir, pour ne pas mourir de devenir folles,
D'être folles.
Cet homme qui a écrit l'Amour fou, mais
qu'est-elle devenue, cette femme qu'il a tant aimée, dont il a eu son
seul enfant ; cette femme qui jamais n'a eu la parole, dans ses livres ?
Je crois le savoir maintenant : elle est partie.
Partie
de n'avoir jamais été regardée autrement que comme une femme ; que
comme un objet d'art, ou d'inspiration, parmi d'autres ; même le plus
beau. De n'avoir jamais été regardée que comme la beauté, la beauté
convulsive, mais convulsive dans le cœur de l'homme seulement ; la
beauté qui se tait.
Partie, de n'avoir jamais été regardée comme ce
qu'elle était, aussi : un être humain, libre, pensant, parlant, créant.
Comme une artiste. Quelqu'un qui avait, elle aussi, quelque chose à
dire. Le droit à la parole.
Elle est partie parce qu'elle avait besoin de parler.
Je crois que cette femme était folle.
Que sais-je de la vie de ces deux amants, après tout ? Presque rien.
Quelques phrases, sur lesquelles je reconstruis des images ; qui après tout n'ont peut-être pas lieu d'être.
J'imagine qu'elle est partie, et qu'il n'a rien compris. Qu'il a souffert, lui.
Peut-être cela s'est-il passé tout à fait autrement.
Mais ce scénario-là est tellement plausible, oh ; je le regrette.
Je regrette que les hommes souffrent quand une femme s'en va et qu'ils ne comprennent pas pourquoi.
Je regrette que les femmes soient obligées de s'en aller parfois, parce sinon elles ne peuvent plus rien dire.
"Il
ne m'est même pas nécessaire que cette femme soit très jolie, je ne
veux pas non plus qu'elle soit d'une intelligence excessive, ni surtout
qu'elle réfléchisse trop. Il me suffit qu'elle soit attachée à moi."
Cette
phrase est celle de quelqu'un qui ne ressemble à personne - peut-être
pire que cela -, et c'est pourtant très possiblement la phrase la plus
ordinaire, la plus banale, la plus conforme qu'il a jamais écrite.
Je
crois que l'acte le moins conformiste que puisse poser un homme, c'est
d'aimer une femme intelligente ; non seulement de l'aimer comme on aime
une femme, mais de l'aimer aussi comme un être intelligent. D'une
intelligence différente, certes, et parfois si bizarre pour lui ; mais
qui n'en mérite pas moins d'être entendue.
Cette parole, dont j'ai honte.
Quant à l'acte le moins conformiste que puisse poser une femme...
Il faudra que j'y réfléchisse.
Mais dans un cas comme dans l'autre, c'est toujours exceptionnel de ne pas être tout à fait sourd...)
28 avril 2008
Pourquoi pleures-tu ?
Les deux mains dans la terre, je creuse à m'en casser les ongles.
Je
creuse sans répit, sans merci ; j'arrache la terre à la Terre, pour
expulser de leur tombeau d'oubli les lames les plus anciennes, les plus
tranchantes ; celles des peuples primitifs qui font battre sauvagement
les tambours de ma poitrine.
Pendant ce temps, d'autres s'amusent
à reboucher mes trous. Je leur en veux, beaucoup. Mais je n'ai pas le
temps de le leur dire. Il faut que je creuse ; j'ai encore beaucoup à
creuser.
Cela m'étonne, tout de même, cette frénésie qu'ils ont à combler la moindre béance de la terre.
C'est, je l'imagine, qu'ils ne supportent pas que l'on déterre les choses enfouies.
Ils
ont besoin qu'elles restent à leur place, très loin au-dessous des
couches de poussière que le temps à déposé par dessus, mortes à ne plus
pouvoir les regarder. Ils ont besoin d'enterrer pour toujours les
cadavres qu'ils sèment derrière eux, les cadavres que leur vie, que
leurs souvenirs incrustent dans leur propre chair.
Alors, ils ont
le corps plein de la terre qu'ils mangent pour ensevelir toutes ces
douleurs ; pour se rendre aveugles, ils en ont dans les yeux ; les
trous que creusent dans leur carcasse les poignards de vivre sont bouchés par la terre.
Moi, j'ai le corps si creusé qu'à travers on voit le ciel.
Dans chaque ouverture découpée au poignard, on peut voir un cadavre
qui ricane en agonisant tranquillement au grand jour, incorporé à la matière vivante de mon corps. La plupart est déjà à l'état de squelette, mais
d'autres n'ont pas tout à fait fini de se décomposer.
Les deux mains
plongées en moi-même, j'arrache encore, avec le plus grand sérieux, la
terre qui recouvre toujours les fantômes les plus lointains. Je veux
les voir, les regarder en face, qu'ils m'avouent leur nom, à quel
morceau de ma vie ils appartiennent, et pourquoi ils me hantent. Je ne
les laisserai pas s'en tirer si facilement : j'ai besoin de comprendre.
Je m'acharne désespérément sur celui-là, écartant toujours un peu plus la terre qui le recouvre encore, la terre qui le remplit, qui le rend sourd et aveugle à moi et à lui-même ; en silence, il me donne des coups de pieds et de poing pour m'empêcher de continuer à creuser, il rebouche mes trous ; on s'empoigne, on se déchire, il me met de la terre dans la bouche pour que je me taise, pour que j'étouffe enfin de mes propres folies ; je hurle, je veux creuser encore ; il me bouscule, me jette au fond d'un de ces trous que j'ai creusé moi-même, et commence à le reboucher ; je me débats, je le supplie mais il est impitoyable ; déjà je meurs asphyxiée sous la terre, déjà il a fini d'ensevelir mon corps ; à genoux sur mon tombeau, il reprend son souffle.
Et là, chose incompréhensible : il se met à pleurer.
(Si j'étais encore en vie, d'amour alors j'aurais envie de le sauver de son chagrin, et d'embrasser son corps sanglant. Et lui, en sanglotant toujours, me mettrait juste un peu plus de terre dans la bouche. Il ne pourrait pas faire autrement.)
Les hommes que j'aime sont faits de terre jusque dans leurs larmes.
(On creuse, on enterre, on se bat ; on pleure, on meurt, on s'assassine. On s'aime et puis on n'aime pas ; on tue parce qu'on n'a pas le choix. On ne comprend ni Moi ni Toi ni Eux ni Soi. On s'entretue parce qu'on s'entraime, parce qu'on s'entre-sait-pas/veut-pas/peut-pas.Tous innocents d'être cruels, on s'en veut chaque fois ; mais c'est une guerre sans coupables ni pourquoi.
Chacun n'est rien que prisonnier de soi.)
